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Miracle Morning : pourquoi j’ai arrêté

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Beaucoup d’entre nous ont essayé de se lever plus tôt ces derniers temps. Principal responsable : le buzz du Miracle Morning, qui a fait beaucoup d’adeptes.

J’ai testé le concept pendant trois mois environ avant de lâcher complètement l’affaire. Avec du recul, t’expliquer pourquoi j’ai « échoué » t’apportera peut-être un autre regard sur ce phénomène hyper médiatisé ou t’aidera à dédramatiser si tu rencontres également des difficultés.

Le Miracle Morning… c’est quoi ?

Le Miracle Morning, tiré du livre du même nom, est une routine matinale (morning routine) qui se veut idéale… mais il existe d’autres variations. On en retrouve certaines par exemple dans un autre livre de référence : « La Magie du Matin ».

Le concept de base est simple : se lever plus tôt pour bénéficier d’un « supplément de vie », du temps dédié à soi et uniquement à soi, pour la mise en œuvre concrète de ses rêves. Pourquoi le matin ? Parce qu’en rentrant d’une journée de boulot il est tard, il faut préparer le dîner, s’occuper de ses enfants si on a, on est fatigué-e et on se retrouve vite à comater devant la télévision ou sur les réseaux sociaux (ou les deux en même temps) avant de se traîner jusqu’à son lit. Bref nous ne sommes pas maîtres de nos fins de journées. Nous mettons de côté nos projets par manque de temps et au final nous n’avançons pas, en mode métro boulot dodo.

Finalement le moment le plus intéressant serait le matin, avant de démarrer notre journée habituelle. C’est un temps que nous maîtrisons, aucun aléa n’ayant pu interférer. Ce serait donc le moment parfait pour se consacrer à soi et à ses projets. Pour y parvenir efficacement, le programme du Miracle Morning se décline en six étapes à effectuer chaque matin, les Life SAVERS :

  • Le silence, par exemple par la méditation
  • Les affirmations pour agir sur notre inconscient par des phrases positives représentant ce que souhaitons être et obtenir
  • La visualisation, qui s’appuie sur les affirmations pour définir une idée de plus en plus précise, au fil du temps, de ce que nous souhaitons réellement obtenir
  • L’écriture, que ce soit par un journal, des réflexions sur ses objectifs, de l’écriture libre
  • La lecture, de préférence des livres inspirants sur le développement personnel
  • Le sport… évidemment

L’idée est de se « conditionner » physiquement et mentalement dès le réveil, chaque jour, pour être en mesure de connaître réussite, donc épanouissement personnel, donc bonheur. Rien que ça.

Les variations de routine que j’ai pu voir par exemple dans « La Magie du Matin » ont des points communs avec le Miracle Morning, notamment la méditation et le sport.

Je ne vais pas faire une critique littéraire de ces deux ouvrages. Quelques mots seulement. Pour le « Miracle Morning » le ton est très « américain » : faites partie de l’élite, soyez successful, la méthode miracle qui va changer votre vie etc. « La Magie du Matin » se veut plus soft et adaptable. On est davantage sur la réalisation de soi que le « successful » sonnant et trébuchant à tout prix (de préférence le prix le plus élevé…). Dans les deux cas, beaucoup de blabla sur la vie des auteurs, mais l’ensemble est bien sûr très inspirant.

Ma routine test

Après lecture et réflexion, j’ai défini la routine suivante :

  • Lever à 6h
  • Sport : salutations au soleil en général. Une grande partie de cette étape consistait à essayer de ne pas écraser mes chats qui se prenaient pour des yogis et venaient squatter le tapis #yogichat
  • Méditation : je me suis pas mal aidée de l’application Petit Bambou. J’ai en ai testé d’autres mais c’est ma préférée.
  • Visualisation : ça m’a permis, par exemple, de réaliser que je souhaite accompagner les gens dans leur changement de vie, leur prise de confiance en eux et la concrétisation de leurs projets pour le bien commun.
  • Affirmation : ça dépend des jours. L’affirmation est à associer à un ressenti presque physique. Je vous préviens, vous allez probablement vous sentir ridicule au début, à vous balancer des fleurs à voix haute. C’est normal. Par solidarité je vous livre ma préférée : « Je suis forte. Je suis solide » en m’imaginant progressivement couverte d’une armure façon Iron Man, dans un fracas de métal. Voilà, vous pouvez vous moquer…
  • BuJo: dans l’idéal, mais pas systématiquement, je prenais mon BulletJournal, plutôt devenu un carnet d’objectifs. Pas de to-do quotidiennes dans mon cas mais plutôt l’occasion de prendre du recul et de réfléchir sur mes objectifs et plans d’actions.

Suite à cette dernière étape, j’enchaînais sur le petit déjeuner et le reste se déroulait de manière tout à fait classique.

De l’enthousiasme à la déprime

Les deux premiers mois se sont bien passés. J’ai commencé en août, pendant une semaine de vacances. Il faisait beau, le jour se levait tôt, les oiseaux chantaient, les salutations au soleil face à la fenêtre me donnaient un sentiment super positif pour commencer la journée. Me lever à 6h n’était pas si compliqué, l’important étant de m’asseoir au bord de mon lit dès la première sonnerie du réveil, sans prendre le temps de réfléchir.

Contrairement à ce que je craignais, je ne me sentais pas plus fatiguée dans la journée. Plutôt énergisée et contente de moi.

Mais ce sentiment positif n’a pas duré.

Dès le mois d’octobre, j’ai commencé à me sentir épuisée. Je me couchais tard parce que j’avais beaucoup de travail, je me levais tôt pour sautiller et m’auto-congratuler en y croyant de moins en moins et sans savoir pourquoi je le faisais, je ne me reposais jamais et j’ai commencé à sérieusement déprimer. J’ai quand même persévéré et la situation a empiré.

J’ai traversé une phase durant laquelle j’avais tout le temps les larmes aux yeux et envie de me renfermer sur moi-même. Je ne savais plus qui j’étais ni où j’allais, je me sentais prisonnière et j’avais le sentiment de subir absolument tout. Alors que précisément mon objectif en commençant cette routine était l’inverse : me sentir en contrôle de ma vie. Comme je n’entendais que du positif autour de ce satané Miracle Morning, je culpabilisais. Je ne voyais pas de témoignages allant vraiment à l’encontre de ce concept, or je ne m’en sortais pas du tout. Du coup je me sentais nulle et incapable. Super !! Alors qu’à la base je me sens plutôt bien dans mes baskets (à paillettes de préférence), là je me transformais en une pauvre chose épuisée et déprimée.

A force j’ai fini par me sentir au bout de moi-même. La fatigue s’accumulait. En novembre je n’arrivais plus à maintenir le Miracle Morning quotidiennement et j’ai fini par laisser complètement l’idée de côté.

Pourquoi ça n’a pas fonctionné

Avec le recul, voici les trois grands points qui m’ont amenée à cette situation.

Mon rythme de vie

J’ai repris des études en parallèle de mon job : la fin approche, mais en attendant le rythme est assez infernal. En août c’était très bien, en pleines vacances scolaires. Mais quand j’ai repris les cours de ma seconde année fin septembre, je me suis retrouvée complètement dépassée.

Par ailleurs mon job me conduit à avoir pas mal de déplacements de manière aléatoire. J’ai notamment eu une période de quelques semaines avec des horaires très irréguliers. Je n’arrivais plus à gérer. Comment tenir le Miracle Morning lorsque vous vous levez à 4h du mat pour prendre un train ou un avion et faire un aller-retour à l’autre bout de la France dans la journée ? Vous vous levez à 3h pour faire votre routine ?… Bien sûr que non. Dans les vidéos sur le Miracle Morning que j’ai pu voir, les gens semblent avoir des horaires fixes, voire libres. C’est loin d’être mon cas et j’imagine que je ne suis pas la seule.

Le poids des aléas

En fait dans la vie il y a des aléas. Même le matin au réveil.

Je le disais en vous présentant mes astuces pour passer sereinement l’hiver : je suis rarement malade. Mais une à deux fois par an je me coltine un bon rhume. Évidemment il arrive quand je suis très fatiguée. Mes déplacements professionnels et la reprise de mes cours ont ainsi favorisé un état comateux qui a duré une dizaine de jours. Aucune envie de faire le chien tête en bas dans ces conditions… bizarrement.

Enchaînez des déplacements à répétition avec des horaires impossibles, puis un sale rhume et enfin faites-vous mal avec une posture de yoga mal exécutée (c’est ça de ne pas prendre de vrais cours…), et vous serez en plein bad trip. Parfait pour vous convaincre d’arrêter.

L’absence d’alignement personnel

C’est le point décisif. J’en suis arrivée à me demander pourquoi je faisais ça. Je m’épuisais… mais pour quoi faire ? Mes objectifs se précisaient, et je m’apercevais que les fameux Life SAVERS ne me permettaient pas de me rapprocher de ce qui était important pour moi.

Par exemple écrire. L’écriture était un objectif beaucoup plus important pour moi que faire du sport. Sauf que je n’ai aucune inspiration pour écrire le matin. Ça me vient toujours l’après-midi, et encore mieux le soir. Voire la nuit.

L’idée qu’on peut apprendre à devenir du matin jusqu’à ce que ça devienne inné, que la réussite est forcément destinée à ceux qui se lèvent tôt… Je n’y crois pas du tout. Pourquoi une telle contrainte ? Si tu es capable de te lever à 5h du matin pour t’agiter en tenue de sport dans ton salon, je suis persuadée que tu es aussi capable de partir du bureau à un horaire fixe, de ne pas allumer la télé et de te consacrer à une activité précise.

Bref, j’avais la sensation de perdre du temps et de l’énergie. De ne pas me consacrer à ce qui était vraiment important pour moi et de ne même pas vraiment faire de progrès sur le reste, par exemple le sport.

Les leçons apprises

Si le Miracle Morning ne m’a pas pleinement convaincue, j’en ai quand même retiré de précieuses leçons. J’ai choisi de conserver certains principes et certaines techniques.

Accepter mon bio-rythme

Je suis du soir. Le Miracle Morning peut dire ce qu’il veut, c’est comme ça. Peut-être qu’un jour ce sera différent. Évidemment je peux me lever plus tôt : la question n’est pas là. Mais les activités qui comptent vraiment pour moi et qui servent mes objectifs seront plutôt à faire en fin de journée. Je préfère m’astreindre à organiser mon temps le soir et en fait c’est tout à fait possible. Cette histoire d’aléas s’accumulant dans la journée jusqu’à devenir insurmontables, je crois que c’est du bullshit. Gardez en tête que c’est ma vie de trentenaire sans enfants. Les parents, vous penserez peut-être différemment.

Me lever plus tôt le week-end

Ça semble évident, mais ça m’a fait du bien de le constater concrètement : se lever tôt en semaine et dormir tard le week-end, c’est tout sauf une bonne idée. De temps en temps c’est très bien, ça permet de recharger ses batteries. Mais lorsque c’est récurrent, le déséquilibre créé n’aide pas du tout. C’est le meilleur moyen de se sentir tout le temps décalé. Se coucher plus tôt en semaine et se lever plus tôt également le week-end (sans se réveiller forcément à l’aube) est finalement bien plus confortable.

Me fixer des objectifs concrets

Tout simplement réfléchir à ce qu’on veut, ce qu’on aime, définir des objectifs… c’est un exercice extrêmement utile. J’ai pu faire le tri dans ce qui est important. Grâce à la visualisation, je me suis projetée dans les activités qui me feraient réellement plaisir à long terme, et j’ai pu commencer à mettre en place des plans d’actions. C’est une technique très intéressante que j’ai conservée.

Me mettre vraiment au sport

Trente pauvres minutes tous les jours en autodidacte ne m’ont pas du tout permis de progresser et j’ai trouvé ça très frustrant. C’est assez ironique parce que je ne m’étais jamais vraiment intéressée au sport. Mais là j’ai eu envie de m’y mettre sérieusement, et surtout j’ai eu un véritable coup de cœur pour la pratique du yoga.

Du coup je me suis tournée vers de vrais cours : je préfère me fixer un ou deux créneaux dans la semaine qui y sont dédiés et faire de réels progrès. En plus de beaucoup mieux travailler les postures, ma motivation est renforcée, je me donne beaucoup plus à fond et je bénéficie de l’enseignement de professeurs inspirants.

Un peu de bienveillance

Ce n’est pas commencer l’expérience du Miracle Morning qui a été difficile. Bien au contraire. Ce qui a été très dur c’était de me résoudre à arrêter les frais. Quand je décide d’entreprendre quelque chose, je ne reviens quasiment jamais en arrière. Par conséquent, le fait de ne pas « réussir » m’a rendue très agacée et impatiente envers moi-même. Je m’en voulais de ne pas y arriver. Ça avait l’air tellement génial, ça réussissait à tout le monde… et moi je ne m’en sortais pas. Ce sentiment d’échec me démoralisait.

Lâcher prise a été un sentiment génial. Quelle libération ! Et puis j’ai mis en place d’autres actions pour servir mes objectifs. Ce n’était donc pas du tout une régression. Simplement une méthode qui ne me convenait pas, en tous cas à ce moment de ma vie. Il n’existe pas de technique miracle (même si ça s’appelle tapageusement le Miracle Morning).

Cela m’a rappelé qu’il faut être prudent avec toutes ces méthodes, et les considérer non pas comme des modes d’emploi à suivre scrupuleusement, mais plutôt comme des boîtes à outils dans lesquels nous pouvons piocher selon nos besoins.

Cela m’a aussi rappelé que nous devons nous préserver. Il ne suffit pas d’être bienveillant avec les autres.

Encore faut-il faire preuve de bienveillance envers soi-même.



Références :

  • Miracle Morning, Hal ELROD
  • La Magie du Matin, Isalou BEAUDET-REGEN

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