Soutien

Minuit sur Terre : chaussures vegan à la française

Pour inaugurer cette catégorie d’articles dédiée aux entrepreneur-e-s éthiques, j’ai choisi un secteur d’activité symbolique : les chaussures vegan. Même si beaucoup de progrès ont été faits ces dernières années, il n’est pas encore évident de dénicher des produits parfaitement éthiques, résistants, esthétiques… et commander en ligne reste souvent obligatoire. Marie Viard-Klein apporte sa pierre à l’édifice en créant la première marque française dédiée à la chaussure vegan : Minuit sur Terre.

La créatrice

Marie Viard-Klein a suivi un double cursus en gestion et marketing à Bordeaux, avec Sciences Po et l’IAE (Institut d’Administration des Entreprises). Sur la fin de ses études, elle s’est lancée dans la création de sa propre entreprise. Avec l’aide de sa petite sœur (dont le sens artistique l’aide à dessiner les différents modèles) et de son chien Cannelle (il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir d’une mascotte), Marie a travaillé d’arrache-pied pour proposer des produits à la hauteur de ses attentes. Oui je viens de faire un jeu de mots sur les pieds, mais promis ce sera le premier et le dernier !

Marie et les sneakers Virevolte

La marque est labellisée Peta. Mais l’engagement de Marie ne s’arrête pas aux matériaux utilisés. Elle se soucie également des conditions de travail au sein des usines avec lesquelles elle collabore. La fabrication des chaussures Minuit sur Terre est réalisée avec des usines européennes.

Les modèles

Les investissements de départ étant élevés, les modèles proposés sont pour le moment uniquement féminins… mais plein d’idées attendent sagement les fonds nécessaires pour les réaliser : notamment une collection masculine et de la maroquinerie.

Dans la première collection, on trouve six modèles :

  • Utopie : une paire de bottines plates à bride, talon de 2 cm (en noir et camel)
  • Mistral : une paire de bottines plates bi-matière à tresse, talon de 2 cm (en noir et camel)
  • Icône : une paire de bottines hautes à bride, talon de 8 cm (en noir et camel)
  • Virevolte : une paire de sneakers (en camel aspect nubuck et gris souris aspect daim)
  • Cassiopée : une paire d’escarpins en simili daim noir, talon de 10 cm
  • Jazz : une paire de babies en simili daim noir, talon de 6 cm

     instinctvegan-minuit-sur-terreDe gauche à droite… En haut : Cassiopée et Utopie. Au milieu : Virevolte et Mistral. En bas : Icône et Jazz

Des modèles que Marie a souhaité classiques, élégants et féminins. Ces six modèles constitueront une collection permanente, qui sera ensuite complétée chaque saison par des collections capsules plus audacieuses !

Les pré-commandes

Les modèles de la collection permanente sont déjà en pré-commande sur la plateforme de crowdfunding Kisskissbankbank, pour une livraison en septembre.

Les prix vont de 95€ pour les sneakers et 140€ pour les bottines. Rien d’excessif quand on voit les prix de chaussures chez Minelli, par exemple.

Si vous souhaitez soutenir le super projet de Marie, c’est le moment de pré-commander ! Cela lui permettra de payer les fournisseurs et fabricants pour démarrer la production à plus grande échelle, d’ajuster les prévisions pour éviter de futures ruptures de stock par exemple, et bien sûr de débloquer enfin l’emprunt bancaire indispensable au développement de cette jolie marque engagée.

Vous avez jusqu’au samedi 1er avril à 23h30 pour transformer cette campagne en véritable succès ! La livraison et les retours seront gratuits en France.

Par la suite, les commandes pourront s’effectuer directement via le site de la marque. Marie fera également le maximum pour distribuer les modèles dans différentes boutiques en France et à l’international.

L’interview

Bonjour Marie ! Peux-tu me parler de ce qui te rend heureuse dans la vie ? Où se cache le bonheur pour toi ?

Pour être honnête, en ce moment ma vie se résume à mon projet et à mon chien 😉 Je pense qu’aimer son travail est un énorme atout pour avoir une vie épanouie et heureuse. Chaque jour je fais quelque chose qui me plait et qui en plus correspond à mes valeurs. C’est génial et ça suffit à mon bonheur (s’il y a un rayon de soleil c’est encore mieux). Passer des moments simples en famille est aussi important pour moi.

Et quand je suis en vacances (pas prévu dans les années qui viennent 😉 ) j’aime beaucoup lire au soleil !

Comment commences-tu tes journées pour être dans une énergie positive ?

Je me lève et me prépare rapidement, je n’aime pas traîner ! Et après, je prends toujours au moins une demi heure pour me promener avec Cannelle, ça me permet de m’aérer l’esprit dès le matin et de faire le point sur les choses à faire dans la journée.

Peux-tu nous donner cinq adjectifs et/ou valeurs te définissant ?

Je suis passionnée et persévérante (c’est pas mal quand on monte sa boite) mais aussi simple, enthousiaste et créative.

Quelle est TA définition du véganisme ?

Il est très difficile d’en donner une définition précise, mais pour moi c’est avant tout une question de respect. Du moment que l’on respecte les animaux (mais pas qu’eux !), on ne peut pas concevoir de les manger, les exploiter ou leur faire du mal.

Je pense que véganisme, éthique et écologie sont étroitement liés et qu’il est difficile de soutenir une cause en oubliant les deux autres !

Quel a été ton déclic pour te lancer dans l’entrepreneuriat éthique ?

Je n’avais jamais pensé qu’un jour je créerai mon entreprise. Ce n’était pas mon projet de vie ! Mais je me suis rendu compte qu’il y avait un vrai problème quand j’ai cherché des chaussures véganes labellisées et que je n’en ai trouvé aucune qui me plaisait. Pourtant, j’étais pleine de bonne volonté, j’ai cherché pendant longtemps. C’est de cette frustration qu’est venue l’idée de créer ma propre marque, avec des modèles tendance et féminins, deux adjectifs qui manquent cruellement aux modèles que l’on peut trouver actuellement !

Comment envisages-tu le développement de Minuit sur Terre et d’ailleurs d’où vient ce joli nom ?

Minuit Sur Terre, c’est une référence à Cendrillon… car Cendrillon, c’est la preuve qu’une paire de chaussures peut changer une vie ! Mon objectif, c’est de changer des vies 🙂 On m’a dit une fois qu’utiliser cette référence n’était pas très végane car dans la version de Perrault elle porte des chaussures en vair (fourrure d’écureuil)… Non seulement il s’agit d’un conte imaginaire, mais il existe aussi de très nombreuses versions dans toutes les cultures ! La version de Perrault n’est ni la plus connue, ni la plus ancienne. Je trouve dommage de se priver de cette jolie symbolique sur un simple détail.

Pour le moment, j’ai prévu une collection permanente (celle qui doit arriver en septembre et qui est en cours de préparation) avec des modèles classiques mais féminins et élégants. Elle sera complétée chaque saison par des collections capsules au style plus audacieux. Il y aura donc en tout 4 collections par an, avec des modèles adaptés à la météo.

En ce qui concerne le développement, je pense embaucher rapidement car tout faire seule ne va vite plus être gérable !

Quelles sont les principales difficultés liées à ton activité (financements, recherche de fournisseurs…) et comment travailles-tu à les surmonter ?

Quand j’y repense, pour le moment je n’ai pas eu trop de soucis. J’ai passé beaucoup de temps à rechercher des fabricants et des fournisseurs, mais comme je n’aime pas laisser trainer les choses et perdre du temps, j’ai pris des décisions assez rapidement pour que le projet avance. J’ai eu de la chance de trouver un agent de production au Portugal qui m’aide dans mes démarches et dans le choix des matières, car au départ je ne connaissais pas grand chose au domaine de la chaussure !

J’ai eu une petite frayeur avec la matière camel des sneakers, le fournisseur ne voulait pas m’en vendre moins de 300 mètres (ça fait 2000 paires alors que j’en avais prévu 150 dans ce coloris) mais finalement j’ai réussi à négocier donc tout va bien 🙂

Le souci principal, ce sont les financements. Les banques sont un peu frileuses et ne veulent pas prêter sans avoir de garanties. Concrètement, tant que je n’ai pas réussi le crowdfunding ce n’est pas la peine de compter sur eux ! Il y a donc un énorme enjeu sur la campagne de crowdfunding.

Beaucoup de gens partent du principe que c’est l’industrie de la viande qui produit directement du cuir. Ils ne voient pas deux industries séparées. Qu’en est-il en réalité ?

Il est très difficile d’avoir des informations précises la dessus. Mais le cuir étant gage « de qualité » dans l’esprit du consommateur, les marques ont voulu l’utiliser de plus en plus, et pour répondre à la demande il a fallu produire plus… et moins cher.

En conséquence, la plupart du cuir que l’on retrouve aujourd’hui provient d’Inde ou de Chine, d’animaux qui sont élevés directement pour leur peau. Il ne s’agit donc pas de recyclage ! Il y a même eu un reportage de Peta sur le cuir de chien en provenance de chine… C’est un milliard d’animaux qui sont élevés et tués pour leur peau chaque année, c’est énorme.

Le cuir étant « naturel », les matériaux synthétiques sont dénigrés et considérés comme plus polluants (dérivés de pétrole, utilisation de traitements). Quel est réellement l’impact écologique par rapport au cuir ?

Si le cuir est naturel, il ne faut pas perdre de vue que la peau n’est pas utilisée telle quelle. Il y a avant cela tout un processus de tannage qui est extrêmement polluant et qui cause de nombreuses maladies chez les travailleurs (maladies respiratoires, de peau). La quasi totalité des tanneries sont aujourd’hui située au Bangladesh, et sont très souvent des enfants qui y travaillent. Donc techniquement, n’importe quelle matière plastique restera moins néfaste pour l’environnement que le cuir !

Mais pour autant, j’ai essayé au maximum de choisir des matières écologiques. Toute la doublure et la semelle intérieure sont faites à partir de fibres naturelles, composées de végétaux et de céréales. La tige (dessus de la chaussure) est composée de fibres synthétiques de la plus haute qualité qui ne sont pas traitées avec des solvants.

Peux-tu nous parler du problème de la colle utilisée pour la fabrication des chaussures non vegan, y compris celles en matériau synthétique. Toutes les chaussures sont-elles collées ou existe-t-il d’autres procédés ?

On entend beaucoup parler d’une certaine colle à base de poisson. Les usines ont été surprises quand je leur en ai parlé, ce n’est pas du tout monnaie courante au Portugal et leurs colles sont à base de résine et d’eau. Peut être que cela se fait plus dans les pays d’Asie mais je ne peux pas l’affirmer avec certitude. Le principal problème des chaussures en matériau synthétique, c’est que quand elles ne sont pas véganes, elles sont de mauvaise qualité et donc fabriquées dans des pays comme l’Inde ou la Chine où les travailleurs (et souvent des enfants aussi) sont exploités. Je trouve que vouloir sauver des animaux en n’utilisant pas de cuir et contribuer à ce phénomène d’exploitation à côté, c’est complètement contradictoire. L’un ne va pas sans l’autre, on ne peut pas s’engager dans le véganisme sans aucun souci d’éthique derrière.

Concernant la fabrication des chaussures, il y a d’autres procédés que la colle pour « attacher » (ce sont souvent des coutures) la tige à la semelle, et la semelle intérieure à la semelle extérieure : mais il y a des parties qui seront toujours collées, comme le talon par exemple.

Où sont fabriquées les chaussures Minuit sur Terre ? De quel(s) pays proviennent les différents matériaux ?

Tous les modèles sont fabriqués au Portugal, dans la région de Porto, réputée pour son savoir-faire dans le domaine. Pour le moment, je travaille avec deux usines : une pour les sneakers et une pour les autres modèles (bottines, escarpins…).

Une usine portugaise avec laquelle la marque travaille

Les matériaux principaux, ceux qui remplacent le cuir (extérieur et intérieur de la chaussure) viennent d’Italie. Les semelles (qui sont en néolite), et les talons sont fabriqués au Portugal, près des usines qui produisent, ainsi que tous les petits accessoires : boucles, lacets, œillets…

Est-ce toi qui dessine les modèles ? Où puises-tu ton inspiration ? Travailles-tu seule pour le moment ?

Je trouve mon inspiration en analysant les tendances du prêt à porter, je fais beaucoup de veille concurrentielle pour voir ce qui se fait chez les marques de chaussures « traditionnelles ». Ensuite, j’ai réalisé de grandes planches avec tous les modèles que j’aimais bien par catégorie, et c’est ma petite sœur qui s’est chargée des dessins, à partir ce ces planches et de mes indications. Je ne sais pas du tout dessiner, mais elle, c’est une vraie artiste !

Pour le moment, je suis seule sur ce projet, mais j’aimerais prendre un stagiaire en communication/marketing très rapidement, notamment pour gérer les réseaux sociaux. J’ai tellement de choses à faire que je n’ai pas le temps de les animer comme il le faudrait !

On a entendu parler de cuir d’ananas ! Est-ce une vraie piste ?

C’est une vraie piste en terme d’écologie et de qualité. Il y a d’ailleurs plusieurs marques de chaussures/sacs véganes qui l’utilisent déjà, même s’il est apparemment assez difficile à travailler pour les fabricants. Mais j’ai choisi de ne pas m’en servir car je trouve le rendu (tout fripé) vraiment pas terrible.
A mon sens, il ne sert à rien de proposer quelque chose de super écologique si ce n’est pas beau, car le premier critère de choix lorsqu’on achète une chaussure, c’est le style. Je vais donc attendre qu’ils proposent un aspect plus sympa à ce cuir d’ananas !

Il existe aussi du cuir de champignon, mais ils ont une toute petite production pour le moment et qui coûte horriblement cher (80€ pour un petit bout de 25x40cm, ce suffit à peine pour une paire), donc là encore il va falloir s’armer de patience !

Un dernier mot pour nos lecteurs désireux de participer à l’évolution de ce monde ?

Si vous voulez changer les choses, la meilleure solution c’est de proposer des alternatives !

La plupart des gens ne sont pas prêts à faire des concessions, il faut donc leur permettre de faire un choix éthique sans que cela leur « coûte ». C’est seulement comme ça que l’on pourra changer les comportements.

Allez soutenir Marie et Minuit sur Terre ici !

 

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2 Comments

  • Reply
    Affectueusement Votre
    17 mars 2017 at 14:51

    J’aime beaucoup trop !
    Je prévoies d’en parler dans mon blog aussi 🙂
    J’ai vraiment flashé sur les Jazz moi !

    • Reply
      instinctvegan
      7 mai 2017 at 22:44

      Oh oui les Jazz sont parfaites ! 🙂

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